Arrête de faire n’importe quoi avec l’impératif !

Prends deux minutes pour lire ce bref récapitulatif, incruste-le dans ton cerveau, penses-y de temps en temps et souviens-t’en au bon moment ! Oui, c’est un brin directif mais en ces temps d’injonction à l’innovation pédagogique, ça me plait de n’en faire qu’à ma tête! Commençons donc, on n’a pas que ça à faire ! Lire la suite

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Le mot et la chose, sans fin mais finement

Un très rapide mot avant que vous ne lisiez la chose… Il s’agit d’un poème composé au 17ème siècle par Gabriel-Charles de Lattaignant, abbé sans vocation, galant par conviction, à qui l’on doit plusieurs poèmes et chansons dont, semblerait-il, une variation de J’ai du bon tabac. Heureusement, il a été plus inspiré pour le texte qui suit. Lire la suite

Je ne comprends pas ce qui se passe… Je ne sais pas ce qu’il faut écrire !

Comme ça, a priori, moi non plus. Et pourtant, ça me tracasse aussi. L’une ou l’autre des propositions entre « ce qui » et « ce qu’il » me semble souvent évidente mais, dans les cas où j’hésite, je ne parviens pas à me référer à une logique grammaticale qui me permettrait d’être catégorique. Allez, creusons un peu et voyons ce qui peut être dit sur la question et ce qu’il sera utile de retenir.

Je sais qu’il n’y a pas d’autre possibilité pour cet exemple mais je ne sais pas ce que je dirais à une personne hésitant sur ce qui peut être écrit et me demandant ce qu’elle doit choisir ou ce qu’il faut faire dans ce cas. Etant donné qu’aucun des emplois ci-dessus ne pose problème, analysons-les pour essayer de comprendre comment ils fonctionnent

  1. Je sais qu’il n’y a pas d’autre possibilité: « qu’ » est une conjonction introduisant la proposition mais n’a aucune valeur sémantique. C’est un pur connecteur. La proposition suivant « qu’ » a donc besoin d’un sujet, voilà pourquoi « il » est nécessaire et non remplaçable dans ce cas.
  2. …je ne sais pas ce que je dirais: dans cette partie de la phrase « ce que » n’est plus un simple connecteur entre les deux propositions mais désigne également une idée dans chacune des propositions. Il s’agit donc d’un pronom relatif qui évite de fabriquer deux phrases distinctes : « je ne sais pas quelque chose » + « je dirais quelque chose ». « Quelque chose » étant un complément direct, le pronom relatif règlementaire est « que » et la deuxième proposition contient en plus un sujet propre « je ».
  3. …une personne hésitant sur ce qui peut être écrit: même chose ici, « ce qui » est à la fois connecteur et support de sens, c’est un pronom relatif qui évite les deux phrases : « une personne hésite sur quelque chose » + « quelque chose peut être écrit ». Or, dans ce cas, « quelque chose » est le sujet de la deuxième proposition. Le pronom relatif règlementaire pour un sujet est « qui ».
  4. …me demandant ce qu’il doit choisir: pour cette partie, si vous avez suivi/résisté/rien de plus intéressant à faire, vous devriez avoir remarqué que l’on se trouve à nouveau dans le cas n°2. « une personne me demande quelque chose » + « elle doit choisir quelque chose » = « ce qu’ » est complément direct et « elle » sujet.
  5. …me demandant […] ce qu’il faut faire dans ce cas: oh ! trop facile ! c’est encore la même chose ! « une personne me demande quelque chose » + « il faut faire quelque chose » = « ce qu’ » est complément direct et « il » sujet.

Bon, ben c’est fastoche en fait : on utilise « ce qui » quand le pronom est le sujet de la proposition et « ce qu’ + un sujet au choix » quand le pronom est complément. Ah ! Ah ! Vous avez lu tout ça, gagné trois cheveux blancs et perdu deux cents neurones pour rien : vous ne saisissez toujours pas le problème ! Mais non, je ne suis pas si vilaine. Il existe vraiment des situations qui cassent la tête et pour lesquelles avoir mis les choses au clair avant (enfin avoir tenté) peut être utile. Retour à la case départ.

  • Je ne comprends pas ce qui se passe: « je ne comprends pas quelque chose » + « quelque chose se passe » OU « il se passe quelque chose ». Ah ! Malheur ! Dans la deuxième version, « quelque chose » est complément et le sujet est « il » ! On devrait donc dire : je ne comprends pas ce qu’il se passe…

Ennemi identifié : le problème vient des verbes impersonnels qui peuvent avoir pour sujet un « il » sans valeur de personne ou un sujet différent. Dans certains cas, il n’y a donc pas une seule solution possible. Ces situations peuvent cependant être difficiles à déterminer, notamment quand des compléments supplémentaires viennent squatter.

  • Vous comptez ce qu’il vous reste de neurones : «  vous comptez un nombre » +« il vous reste un nombre de neurones » / « un nombre de neurones vous reste »… A vous de choisir même s’il ne vous en reste probablement plus beaucoup !

Une plongée chez Bruno Réquillart

Sans aucun lien avec l’actualité culturelle, je ressors aujourd’hui une photo d’un artiste que j’ai découvert en 2013 grâce à une très belle rétrospective du Jeu de Paume, présentée dans leur espace du Château de Tours. Poétique des formes m’a fait entrer dans l’univers de cet étrange artiste qui a débuté sa carrière dans les années 70 avant d’interrompre son travail de photographe pour vingt ans, qu’il a exclusivement consacrés à la peinture, puis de photographier à nouveau. Voici une œuvre réalisée en 1974 au cours d’un voyage sur l’île d’Unije en Yougoslavie.

BrunoRequillart_LePlongeur 2

Tirée dans un format moyen (pas d’info dans le catalogue mais de mémoire, je dirais 70×50 cm), cette photo a retenu mon attention un long moment pendant l’exposition. En l’observant à nouveau, je réalise qu’il y a des tonnes de choses à dire ! Je suis comblée : double bonheur de la contemplation et du bavardage !

On peut commencer par la composition extraordinaire, avec cette ligne d’horizon poursuivie par le mur de briques du premier plan. La géométrie du paysage ne semble pas du tout naturelle voire quasiment impossible. La juxtaposition parfaite des trois rectangles qui composent l’image – le ciel, la mer et le mur – efface complètement la perception de la profondeur du cadre.

Une autre caractéristique est l’emploi d’une pellicule très sensible qui apporte un grain particulier à la photo et contribue à brouiller la perspective. On a l’impression que ces trois rectangles ne sont qu’une sorte de variation des couleurs, plus ou moins intenses, des matières, plus ou moins denses et des formes, plus ou moins rectilignes. Je trouve la mer très impressionnante : ce grain et le noir et blanc figent les vagues dans une épaisseur ressemblant à de la peinture à l’huile étalée au couteau voire même à l’écorce d’un arbre. Le contraste avec le moucheté vaporeux du ciel et les interstices parallèles et perpendiculaires des briques est magnifique.

Il pourrait résulter de tout cela une impression d’abstraction, assez fréquente dans d’autres œuvres de l’artiste, mais bien sûr la présence du plongeur bouleverse l’ensemble. Le corps en mouvement et le détail du pied qui brise la ligne d’horizon rendent la photo réellement troublante. On pourrait presque croire à un montage tant le contraste entre le cadre et la figure est saisissant. Cela dit, je trouve qu’il y a une vraie atmosphère dans cette scène. Le mélange de la construction rudimentaire dans un environnement qui semble sauvage car complètement dénudé laisse la porte ouverte à l’imagination. Le spectateur a tout le loisir d’inventer la narration qui accompagnerait cet instant. Pour ma part, l’aspect brut du paysage associé à une certaine pesanteur me conduit en Méditerranée (oui je sais qu’il s’agit pourtant de l’Adriatique), dans ces coins reculés où les fondations d’un bâtiment délaissées ont chassé les touristes et où un homme apprécie, seul, une nature puissante et immuable sous une chaleur écrasante. Je crois que, malgré l’absence de ruines antiques et de végétation odorante, les Noces de Camus s’invitent dans ma rêverie… Il est temps de m’arrêter mais je vous guiderai peut-être bientôt sur ces sentiers-là.