Katerine adore Poulet n°728120

Encore une petite chanson de Katerine pour rire gentiment, sans trop grincer des dents cette fois. Un peu à la manière d’une certaine Cane de Jeanne…Je crois qu’il va falloir que j’écrive aux moins deux articles sur Brassens pour rétablir l’équilibre cosmique ! Ecoutons donc cette brève animalière.

Quoi de mieux que la sensualité d’un tango pour nous raconter une tendre et sensuelle histoire d’amour ? Je crois savoir que le déséquilibre est au cœur du tango quand il est dansé. On est bien dans le ton ici, aucun doute ! On se penche du côté de l’ultra réalisme des dates, des lieux, des chiffres, avant d’être rattrapé par l’absurde le plus complet avec cette déclaration d’amour pour le moins insolite. Mais la logique n’est pas tout à fait ignorée car la langue nous autorise étrangement à aimer notre poulet. Pour ceux qui aiment les savoirs techniques, on parle de syllepse quand on emploie un mot dans son sens propre et figuré en même temps.

On n’est pas en reste concernant les contradictions dans cette chanson : belle ironie encore avec ce poulet individualisé et chouchouté qui finit sur le tapis roulant de l’uniformisation de l’abattage industriel. On aurait presque envie de devenir végétarien. Heureusement, l’évocation des recettes, froide et chaude, accompagnées d’une petite bouteille de rouge nous ramène à la déraison.

On pourrait s’interroger sur l’origine de cette chanson qui sent bon la poésie du quotidien. Pour ma part, je ne peux livrer que les secrets de rédaction de cet article, inspiré par un déjeuner à La Tour d’Argent (merci à ma maman et Alain au passage) et son délicat filet de canette (on y revient), numérotée et accompagnée de sa carte postale. Chantonner du Katerine à La Tour d’argent, le comble du chic n’est-ce pas ?

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Ailleurs, la statue de bois de Jean Jaurès

Henri Michaux revient d’un étrange Voyage en grande Garabagne et nous livre ses singulières découvertes.

Comme les Emanglons répugnent à se mettre en avant, à faire des gestes et de longs discours, leurs chefs ne siègent et ne discourent que derrière la statue (en bois léger, et transportable) d’un de leurs grands hommes du passé, aux principes desquels ils prétendent adhérer.
Si j’ai bien compris leur éloquence, le principal, c’est de savoir placer sa statue au bon moment, de façon inattendue, dramatique, ou de la pousser petit à petit en la dissimulant, jusqu’au moment où on la découvre.

Aujourd’hui, je cède la parole.
« Voilà le mouvement de laïcité, de raison, de pensée autonome qui pénètre toutes les institutions du monde moderne ; et ce n’est pas là une société médiocre. Depuis que le droit de la raison a été promulgué, depuis que dans le vieux monde a retenti l’appel du monde nouveau, depuis que dans les vieux clochers la Révolution a sonné le tocsin des temps nouveaux, jamais la vie humaine n’a atteint une plus prodigieuse intensité. Ce n’est pas seulement l’intensité de la vie, ce n’est pas seulement l’ardeur de la bataille menée par les principes du monde nouveau contre les principes encore affirmés du monde ancien ; c’est qu’une occasion, admirable s’est offerte au monde nouveau soulevé ainsi par la raison.
La démocratie, messieurs, nous en parlons quelquefois avec un dédain qui s’explique par la constatation de certaines misères, de certaines vulgarités ; mais si vous allez au fond des choses, c’est une idée admirable d’avoir proclamé que, dans l’ordre politique et social d’aujourd’hui, il n’y a pas d’excommuniés, il n’y a pas de réprouvés, que toute personne humaine a son droit. (Applaudissements à l’extrême gauche et à gauche.)
Et ce ne fut pas seulement une affirmation ; ce ne fut pas seulement une formule ; proclamer que toute personne humaine a un droit, c’est s’engager à la mettre en état d’exercer ce droit par la croissance de la pensée, par la diffusion des lumières, par l’ensemble des garanties réelles, sociales, que vous devez à tout être humain si vous voulez qu’il soit en fait ce qu’il est en vocation, une personne libre. »

 Extrait d’un discours prononcé à la Chambre des députés le 21 janvier 1910 en faveur de l’école laïque comme école de la liberté de penser offerte à chacun. Je vous invite à vous plonger dans le texte intégral, à lire ou écouter. Pour ma part, je viens de recevoir un recueil des discours du tribun en cadeau, merci à mon soutien le plus précieux.

S’accorder avec les règles du participe passé

On m’a commandé un article très intéressant sur les verbes pronominaux mais qui nécessite quelques petits rappels préalables. Aujourd’hui donc, c’est dans l’air du temps puisque le bac et le brevet approchent, on se fait une fiche de révisions ! Titre : « Mais qu’est-ce que je mets à la fin de tous ces participes passés (ou pourquoi la grammaire semble m’en vouloir personnellement) ? »

Allez, on ne perd pas de temps, opération zéro faute en trois temps :

  • Mon verbe se conjugue avec l’auxiliaire « être » (on lui dit merci parce que c’est la situation la plus simple et logique) : j’accorde en genre et en nombre le participe passé avec le sujet. Vous êtes venus faire un tour sur le blog un mercredi et vous le regrettez déjà !
  • Mon verbe se conjugue avec l’auxiliaire « avoir » : le participe passé ne s’accorde JAMAIS avec le sujet. Nous avons fait plus de la moitié du travail, courage !
  • Mon verbe se conjugue avec l’auxiliaire « avoir » et j’ai mis un COD devant le groupe verbal. Je vois d’ici ceux qui se disent que c’est bien trop compliqué et que c’est une exception et que ça n’arrive pas souvent et que les gens seront indulgents et qu’ils peuvent se permettre d’arrêter de lire l’article…et bien c’est non ! Cette situation est très fréquente et pose non seulement problème à l’écrit mais à l’oral également. Dans ces cas, j’accorde en genre et en nombre mais avec le COD. Les quelques règles que vous avez apprises aujourd’hui vous permettront j’espère de ne plus vous tromper ! Notez qu’il serait bien laid de dire : « les quelques règles que vous avez appris aujourd’hui… » Bref, cette petite liste que je vous ai faite doit pouvoir vous aider en toute circonstance. Le plus compliqué, il faut l’admettre, est de repérer ce fameux COD. Pour faire simple, la question « sujet+verbe+quoi/qui » reste la plus utile pour le trouver. Avec les exemples précédents, ça donne : « Vous avez appris quoi ? » ; « Je vous ai fait quoi ? » La réponse est bien devant le verbe donc on accorde avec ces mots. « Règles »  est féminin pluriel on ajoute –es à « appris », « liste » est féminin singulier, on ajoute –e à « fait ».

Pour la petite histoire, sachez que cette dernière règle n’a été fixée qu’au XVIIIème, après des siècles de questionnements, polémiques, indignations des uns et des autres. Pour « être », aucun problème puisque le participe est considéré comme un attribut. Nous sommes allés (participe) si loin que nous sommes fatigués (attributs) ! Pour « avoir », l’emploi a hésité et évolué sans qu’il soit possible d’y déceler une réelle logique. Comme quoi, tout ne va pas toujours se simplifiant et donc oui, la grammaire nous en veut !

Pour ceux qui veulent s’amuser pour s’entraîner, il y a des dizaines de sites qui proposent des exercices. Celui-ci est pas mal.

Visite à l’intérieur des formes et des couleurs par Matisse

Matisse est un artiste qui me passionne et dont de nombreuses œuvres me touchent énormément. J’ai donc très très envie d’en parler un peu, beaucoup, à la folie ! Quel bonheur, j’ai créé un blog et j’y papote de ce que je veux ! Malheureusement, en cherchant à sélectionner un tableau, j’ai réalisé qu’il ne serait pas si facile de partager ici mes impressions et de les expliquer. La reproduction d’un tableau rend toujours l’observation incomplète et l’émotion passe difficilement mais pour certains artistes c’est plus problématique encore que pour d’autres. La reproduction, même de qualité, ne peut rendre hommage aux maîtres de la couleur et de la matière. Mon expérience de Renoir, que j’ai longtemps cru détester jusqu’au choc face au Déjeuner des canotiers découvert à Washington, me confirme qu’il serait regrettable de montrer ici certaines œuvres de Matisse.

J’ai donc choisi ce tableau où le noir domine car s’il n’est pas le meilleur exemple de la portée sensorielle de son œuvre, il permet d’observer certaines caractéristiques du travail de Matisse.

matisseOn y voit une fenêtre fermée, derrière celle-ci un arbre type palmier et devant, une coupe de fruits et un rideau qui donne son nom au tableau intitulé Intérieur au rideau égyptien. Il n’y a aucune narration, pas de symboles ou références culturelles immédiates qui permettraient de lire cette image. Elle semble au contraire empêcher une lecture traditionnelle : le cadrage coupe une partie du décor, le noir rend la perspective insaisissable jusqu’à provoquer une confusion entre les objets mêmes. Mur, pieds de table, rideau, encadrement de la fenêtre, feuilles de l’arbre partagent ce noir étonnant qui les place tous au même niveau de profondeur. Une fois débarrassé de la perception du volume, notre regard a toute la liberté de voguer entre les motifs et les couleurs qui sont ici à l’honneur. Les jaunes sont très riches et créent de beaux effets de lumière. Le tissu et l’arbre offrent une réelle explosion de motifs : formes de toutes sortes, avec ou sans contours dynamisent le tableau et vibrent à l’intérieur des espaces rectilignes et inertes du décor. Plus on s’éloigne de l’idée d’une scène, plus on plonge dans un monde de signes et la toile devient presque abstraite. Pas étonnant que plusieurs artistes ayant délaissé le figuratif ou le narratif se disent inspirés par Matisse : Rothko, Keith Haring citent volontiers ses œuvres et ses propos.

Matisse lui-même, loin de s’opposer aux œuvres du passé, dialogue avec elles et ce tableau de la fin de sa vie évoque les traditions et les ruptures de l’histoire de la peinture. On y rencontre le motif de la fenêtre souvent utilisé comme prétexte pour peindre un paysage, l’usage du noir et du blanc que Manet en particulier a réhabilité, les vogues orientalistes et les sujets d’ornementation, la nature morte bouleversée depuis le début du siècle. En terrain connu, le travail de Matisse bouscule notre perception de la peinture. Je ne peux que vous encourager à multiplier les occasions de contempler ses nombreuses œuvres (toiles, dessins, collages) pour découvrir un langage d’une richesse sensorielle extraordinaire.