Arrête de faire n’importe quoi avec l’impératif !

Prends deux minutes pour lire ce bref récapitulatif, incruste-le dans ton cerveau, penses-y de temps en temps et souviens-t’en au bon moment ! Oui, c’est un brin directif mais en ces temps d’injonction à l’innovation pédagogique, ça me plait de n’en faire qu’à ma tête! Commençons donc, on n’a pas que ça à faire ! Lire la suite

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Avant que/après que

Papotons gentiment d’une règle qui interpelle presque tout le monde parce qu’elle ne questionne pas seulement l’écrit mais peut réellement perturber l’oreille. Il s’agit de l’emploi du subjonctif dans les propositions subordonnées de temps introduites par « avant que » et « après que ».

Le mode du subjonctif est traditionnellement décrit comme celui de l’incertitude ou de la non réalisation des actions. Je ne suis pas certaine que vous compreniez (comprenez) ce que je raconte mais il est possible qu’un exemple soit (est) suffisant pour que tout devienne (devient) limpide, sans que vous ne soyez (êtes) obligé de vous casser la tête.

Bien entendu, son emploi ne s’arrête pas à cette seule logique sémantique. Il est, d’une part, étendu aux actions envisagées du point de vue d’une opinion ou d’une émotion. Je crains que vous ne soyez (êtes) déjà partis et, si ce n’est le cas, je vous préviens que j’ai peur que ce ne soit (est) pire après. Il existe, par ailleurs, de nombreux usages liés à des constructions syntaxiques. Bien que les conjugaisons du subjonctif n’aient (ont) rien d’incertain, il n’est pas rare qu’ elles soient (sont) oubliées.

Enfin, comble du bonheur, des exceptions rejoignent la saga « Indicatif VS Subjonctif » ! Voici un échantillon. J’espère que vous lisez (lisiez) attentivement ! Si vous êtes sage, je crois que j’écrirai (écrive) un article sur les concordances de temps au subjonctif. Il est fort probable qu’un tel article sera (« soit » est possible) palpitant ! Je vous épargne une explication pour chacun d’eux, qui serait probablement douteuse étant donnée qu’ils  ne répondent à aucune réelle logique.

Pour en revenir à nos propositions, la logique sémantique nous invite à penser qu’il y a encore du boulot avant qu’on ne fasse (fait) plus de fautes car cette réussite est incertaine. En revanche, on a des chances de s’améliorer après que quelqu’un nous a (ait) expliqué les règles car dans ce dernier exemple la proposition présente l’action d’expliquer comme ayant eu lieu et donc bien réelle. Ici, le choix du mode se fonde sur le raisonnement suivant : dans une proposition introduite par « avant que », l’action est encore dans le domaine du réalisable mais incertaine, tandis qu’avec « après que », l’action est considérée comme réalisée, sûre. Cela me semble tout à fait acceptable, cependant mon alarme anti-dogmatisme se racle la gorge. Dans le contexte des emplois du subjonctif, où la logique sémantique n’est pas des plus rigoureuses, il ne semble pas aberrant que l’usage lui ait substitué une logique syntaxique fondée sur l’analogie des pratiques. Je m’arrête ici avant que votre cerveau ne fonde car on a parfois l’esprit plus confus après qu’un sujet ait été décortiqué dans tous les sens.

Aller

Probablement un des verbes les plus usités de la langue française, « aller » est cependant bien étrange et sa conjugaison ne ressemble à aucune autre. Un verbe irrégulier du 3ème groupe, déguisé pour ressembler aux copains du 1er groupe quand ça lui chante, je comprendrais parfaitement qu’on trouve ça un rien agaçant… Mais à y regarder de plus près, je vous promets que c’est assez fascinant ! En fait, tout s’explique grâce à son étymologie : ce verbe y est vraiment allé par quatre chemins pour se fixer dans la langue !

Sur la route, on trouve le verbe latin ire qui signifie se déplacer et son acolyte vadere qui apporte une nuance de force et vitesse. Le premier a donné les conjugaisons du futur et conditionnel (irai ou irais la différence ici) tandis qu’on retrouve le second aux présents de l’indicatif et de l’impératif (z’y va !). Pour le reste, les historiens de la langue hésitent un peu. Le latin ambulare signifiant « se promener » semble avoir l’avantage bien que l’évolution phonétique et les transformations subies soient incertaines. L’hypothèse d’une forme intermédiaire en latin populaire allare est probable et expliquerait la plupart des autres formes (allons, allais, allâmes). Une quatrième source est proposée : il s’agirait d’une dérivation verbale à partir d’un nom latin ala (aile) qui expliquerait l’orthographe avec un seul « l » des premières formes attestées en ancien français au XXIème siècle.

Bref, pas de composition ici, il s’agit simplement d’un magnifique désordre ! Et il reste le beau mystère de savoir pourquoi trois mots latins ont été empruntés pour former la conjugaison de ce qui est devenu un seul verbe en français… Mais avouez que vous allez être moins fâchés désormais à l’idée de conjuguer ce verbe ! Irais-je jusqu’à dire qu’il va vous plaire ?

Le cauchemar des verbes pronominaux

Je n’ai pas été très étonnée qu’on me sollicite à ce sujet. Ravie, en revanche, pas vraiment. Il y a des sujets plus passionnants que d’autres ou, pour les plus sceptiques qui ont du mal à envisager que les règles de la langue française puissent être une source d’amusement voire de grande joie, des sujets moins assommants. Les accords des verbes pronominaux, comment dire… ça va être difficile de rendre ça sexy ! Essayons au moins d’être clair et efficace.

Il existe deux grandes catégories d’emplois pronominaux :

1. Certains verbes sont précédés d’un pronom qui joue le rôle d’un complément. Elle se dévêt. Elle dévêt qui ? elle-même. « Se » est un pronom réfléchi qui est COD (vous vous souvenez des petites questions pour trouver le COD ? C’était la semaine dernière.) Ils se déshabillent. Ils déshabillent qui ? eux-même, l’un et l’autre. « Se » est un pronom réciproque COD également. J’espère que vous suivez jusque-là car je fais mon maximum pour le côté sexy !
2. Certains verbes sont précédés d’un pronom qui n’a aucun sens logique. Vous vous prélassez à demi nus au soleil. Personne ne prélasse qui que ce soit ici. « Vous » n’a pas de sens, n’est pas un complément, ne sert qu’à construire le verbe. Les mojitos se boivent bien frais au bar de la plage. Ici non plus, le pronom « se » n’a pas de signification. La tournure pronominale indique le sens passif : les mojitos ne font aucune action, ils sont juste les victimes dans cette histoire (aussi sea, sex and sun que possible mais c’est vraiment pas évident).

Ok, si vous parvenez à classer les emplois pronominaux dans ces différentes catégories, le plus dur est fait. A partir de maintenant, il faut appliquer les règles d’accord du participe passé connues :

  • catégorie 1, celle avec les histoires de compléments, on fait comme pour l’accord avec « avoir » et on vérifie s’il y a un COD ou non. Elle s’est dévêtue. « S’ » = COD avant le verbe = accord. Puis elle s’est commandé des mojitos. « Des mojitos » = COD après le verbe = PAS d’accord.
  • catégorie 2, on applique logiquement la règle d’accord avec « être ». Vous vous êtes prélassés. Vous= pluriel = et zou, on n’est pas avare, on met un « s ». A ce rythme-là, au fameux bar de la plage, les mojitos se sont vendus par dizaines.

A ce stade normalement, les pronominaux n’intéressent plus personne : vous avez la tête qui tourne et moi j’ai juste envie de prendre mon maillot et de boire des cocktails sur la plage. Mais pour ceux qui préfèrent s’amuser avec des exercices de grammaire, il y a des dizaines de sites qui proposent des quizz. Celui-ci est pas mal.