Plein de mots composés au pluriel

Oui, cet article sera pénible et rébarbatif ! Mais il vous offrira encore une belle occasion de briller en société et de faire le malin ! Ah, c’est tentant, n’est-ce pas ? Oh ! Les mauvais qui lisent encore, tout ça pour crâner quand ils auront tout compris. Allez, je suis sympa, je vous explique quand même. Mais ne soyez pas des prétentieux rabat-joie après ça !

Les mots composés au pluriel, comment ça marche ? (Les pédants qui pensent que ça ne marche pas mais que ça fonctionne, dehors !)

1/ Les mots composés qui n’assument pas leur hétérogénéité originelle et se présentent soudés n’ont droit qu’à une seule marque du pluriel. A l’exception de quelques-uns… Mesdames, gentilshommes, n’oubliez pas de faire des photocopies de vos passeports avant de partir en voyage !

2/ Comme dans la vraie vie des mots simples où ils courent seuls et parfois nus en liberté, les mots attrapés pour en composer de nouveaux suivent les mêmes règles. De façon moins imagée, disons que les noms et adjectifs admettent un « s » ou « x » au pluriel tandis que les verbes, adverbes, prépositions n’en prennent pas. Des trouble-fêtes véhiculent d’insignifiants qu’en dira-t-on à propos de mes exemples.

3/ Pour pimenter un peu ces règles fades et sans originalité, l’usage introduit un semblant de logique.

  • Si l’un des éléments du mot composé n’exprime pas de pluralité, inutile de lui coller un « s » : On peut acheter plein de timbres-poste, il n’empêche que notre volumineux courrier sera traité par une seule et unique institution. Remplaçons cet exemple désuet par un autre. Il commence à faire froid, mettez donc vos robes de chambre! (Certes c’est un habit vieillot mais je connais des gens qui en portent encore…je ne dénoncerai personne.) Cet usage est également valable dans le cas où le second terme agit comme un complément. Vous pouvez goûter toutes les eaux-de-vie qu’il vous plaira, même à un stade d’alcoolémie aggravée, votre vie ne se dédoublera pas ! (Là encore, je ne dénoncerai personne)
  • Si au contraire, un des mots semble évoquer une réalité plurielle même au singulier, on lui accorde généreusement son pluriel : Heureusement qu’un seul sèche-cheveux est nécessaire pour coiffer l’intégralité de la chevelure ! Sans mauvais esprit pour les lecteurs qui comptent leurs cheveux. (Je vous épargne la même blague pour la troisième fois)

Mais, cerise sur le gâteau, personne ne s’accorde sur ces dernières règles, sinon tout à fait arbitraires, sans aucun doute parfaitement agaçantes ! Aux adeptes puristes du rigorisme linguistique : tenez-vous prêts à vous écharper pour résoudre ces casse-tête (selon Larousse), casse-têtes (selon le Robert) !

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Jaume Plensa et son Echo

Je ne crois pas avoir déjà profité de ce blog pour dire, écrire, partager mon amour pour New York. C’est un sentiment gigantesque qui ne trouverait pas sa place au cœur d’un article si je me laissais aller à un épanchement mélancolique et incontrôlé. Néanmoins, je peux rester sage et je me contenterai d’évoquer une petite perle éphémère de cette ville merveilleuse.

 Le Madison Square Garden est un agréable parc au centre de Manhattan, minuscule écrin vert protégé par plusieurs anciens et très beaux buildings (dont le fameux Flatiron), qui expose chaque année une ou plusieurs œuvres commandées à un artiste contemporain. En 2011, j’ai découvert au hasard d’un passage dans le square cette magnifique sculpture de Jaume Plensa.

 echo jaume plensa

Il s’agit d’une monumentale tête de jeune fille, posée sans socle et sans barrière, au milieu de la pelouse centrale. L’œuvre produit un effet spectaculaire immédiat, par sa taille (plus de 13 mètres de haut) et son matériau composé de pierre recouverte d’une poussière de marbre blanc, presque éblouissante. Le visage est par ailleurs déroutant par les modulations qui rendent son âge, son ethnie, ses émotions difficilement identifiables. Mais aucun sentiment d’oppression ne nous envahit face à cette figure sereine aux yeux fermés. Parfaitement intégrée dans le paysage, l’œuvre est à l’image du lieu et inscrit dans le gigantisme environnant l’évocation d’un moment de pause, de rêverie.

 Le titre contribue à rendre cette sculpture fortement symbolique. Ovide raconte que la nymphe Echo a été réduite, par la jalouse Héra qui la soupçonnait de favoriser les infidélités de son mari, à ne prononcer que la fin des paroles qu’elle entendait. Rejetée ensuite par le beau Narcisse lassé de sa pauvre conversation, elle se désincarne et seule sa voix subsiste. La figure blanche aux lignes épurées et à l’identité imperceptible semble ainsi devenir le lieu où toutes les voix de la ville résonnent sans se faire entendre tant l’environnement sonore est assourdissant. Ni polémique, ni opposition brutale à cette frénésie de la métropole pour cette sculpture qui ressemble à une invitation visuelle à la contemplation et même à la méditation.

 New York, si vibrante et si paisible.

R-WAN en CRS mélomane

 Entendue au petit déj’ sur Fip…ça réveille ! On rentre vite dans le jeu car le style et la voix d’R-Wan sont nettement reconnaissables et qu’on aime qu’il soit toujours discrètement présent dans le paysage de la chanson française depuis les albums de son groupe Java et sa devise extraordinaire « sex, accordéon et alcool » ! C’est donc parti pour un nouvel ovni…

Oui, oui ça me fait beaucoup rire. Plus que ça n’enchante réellement mes oreilles pour être franche. C’est une belle pagaille avec ses références jazz et rock et sa mélodie de musique de cabaret mais je trouve que ça contribue à donner une apparente désinvolture à ce morceau tout en décalages et à masquer sa causticité. La figure du CRS est montrée sous deux pendants très caricaturaux : le barbare qui tape tout ce qu’il peut (du baba cool au lascar à capuche) autant que possible (à la matraque ou au taser) et l’incompris qui est un être sensible au fond de lui à la voix de Sarah Vaughan ou au saxo de John Coltrane. Le tout est bien ficelé par des images d’un jeu musical revisité où apparaissent une batterie-matraque ou encore un taser-guitare électrique. C’est léger, ça fait sourire, rien de nouveau sous le soleil et les bombes lacrimo… Mais il y a tout de même un petit quelque chose qui donne un gout amer à ma tartine du matin. La mélomanie loufoque de notre CRS révèle surtout le plaisir manifeste qu’il prend à faire son travail avec zèle. La chair de poule, le cœur qui frémit…ce serait moins sinistre s’il s’agissait de cours de flûte traversière au conservatoire ! Et le pire, c’est qu’à chaque concert, il ne doit pas vraiment se sentir seul. Je parierais plutôt sur un orchestre complet.

En tout cas, même avec une belle collection de vinyles, le CRS, c’est définitivement pas ma tasse de thé… Merci R-Wan pour cette chansonnette légèrement aigre-douce. Demain, je ne prends que le côté mélomane et j’écoute TSF au petit dèj’ !

Des chiffres et des nombres…en toutes lettres !

Bien que je me débrouille plutôt bien en calcul mental et même en gentillettes équations du second degré (non je plaisante!) je ne vais pas m’égarer et reste du côté des mots et règles pourries de la langue françaises une fois de plus. Inutile de sortir sa calculatrice donc, ni de lever la main pour réciter sa table de douze en crânant! Je doute que quiconque ait envie de passer au tableau pour l’instant mais peut-être qu’après ces quelques explications, vous pourrez jouer au premier de la classe.

  1. Le trait d’union: avant cent, on en met partout ! comme ce sont des nombres un peu maigres, autant les décorer… sauf s’ils ont déjà une belle décoration avec la présence de la conjonction « et ». Faut pas en faire trop sur les accessoires, n’est-ce pas ? Dix-huit paires de chaussures, vingt et un bracelets, soixante-quatre boucles d’oreilles (remarquez que ça ne fait que trente-deux paires), c’est le bon compte ! Avec cent, mille, million, inutile d’ajouter de traits d’union supplémentaires : soyons simples et restons sur notre règle de base. Deux cent quatre perles montées en sautoir, c’est bien mais une pochette cousue de dix mille soixante-dix-huit fils d’or serait du plus bel effet avec !
  2. Le pluriel : on oublie le « s » en règle générale, les chiffres n’ont pas besoin de lettres supplémentaires pour manifester leur taille. Un chèque de vingt mille deux cent neuf euros, même sans « s » je veux bien l’encaisser! Mais il y a tout de même des petites exceptions qui pourrissent la vie de tout le monde (sauf la mienne parce que ça me fait des sujets de blog…merci la langue française !)
    « Vingt » et « cent » prennent un « s » quand ils sont multipliés ET ne sont pas suivis d’autres chiffres OU ENCORE ne sont pas utilisés pour signaler un ordre de numérotation. Tu me dois trois cent quinze euros et je t’en prête à nouveau quatre-vingt-cinq. Tu me rendras donc quatre cents euros. Je vous avais dit que j’étais très douée en math ! Et pragmatique… Va au quatre cent de la rue, il y a un distributeur!
    Les noms communs « million », « billion », « trillion » se mettent au pluriel normalement. Mais on s’en fiche un peu car on n’a pas trop l’occasion de les utiliser, non ? Enfin, si j’ai des amis ou lecteurs qui fréquentent ces chiffres, je veux bien qu’ils se manifestent ! Sauf s’ils sont mathématiciens bien entendu. On ne joue pas dans la même cour.

Alors, vous aurez vingt sur vingt la prochaine fois?