Contrastes de Lucien Clergue : beauté en continu

Un extraordinaire accrochage de 198 photos de cette série a été présenté pendant l’exposition organisée cet hiver au Grand Palais. (No comment sur le degré zéro de l’actualité de cet article.) Le spectateur était invité à flâner devant un mur monumental qui venait achever le très beau parcours d’une visite que l’on aurait voulue sans fin. Si cette rétrospective a su révéler à quel point l’œuvre, et la vie même, de Lucien Clergue étaient riches et foisonnantes, cette dernière série Lire la suite

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…au bain, moment de grâce par George Shiras

Voici une douce invitation à la rêverie.

bicheshiras2Cette photo m’a profondément touchée par sa très grande poésie. Alors qu’elle nous plonge dans un univers mystérieux, déroutant, où semble régner le vide, cette belle image Lire la suite

Les grandes dames de Fernand Léger

Une petite visite de la très très belle fondation Louis Vuitton (aie, ça me déchire le cœur d’associer le nom de cette entreprise de luxe à mes émotions artistiques) m’a permis de, sinon me réconcilier avec Fernand Léger, du moins d’apprécier vivement un de ses tableaux, que je ne connaissais pas. Et pourtant, il est d’ordinaire exposé à New York au MoMa, que je connais plutôt bien lui… Comme quoi, il n’est décidément pas inutile de faire voyager les œuvres et de les présenter ponctuellement de façon différente, même avec un accrochage très simple, comme c’était le cas Lire la suite

Une plongée chez Bruno Réquillart

Sans aucun lien avec l’actualité culturelle, je ressors aujourd’hui une photo d’un artiste que j’ai découvert en 2013 grâce à une très belle rétrospective du Jeu de Paume, présentée dans leur espace du Château de Tours. Poétique des formes m’a fait entrer dans l’univers de cet étrange artiste qui a débuté sa carrière dans les années 70 avant d’interrompre son travail de photographe pour vingt ans, qu’il a exclusivement consacrés à la peinture, puis de photographier à nouveau. Voici une œuvre réalisée en 1974 au cours d’un voyage sur l’île d’Unije en Yougoslavie.

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Tirée dans un format moyen (pas d’info dans le catalogue mais de mémoire, je dirais 70×50 cm), cette photo a retenu mon attention un long moment pendant l’exposition. En l’observant à nouveau, je réalise qu’il y a des tonnes de choses à dire ! Je suis comblée : double bonheur de la contemplation et du bavardage !

On peut commencer par la composition extraordinaire, avec cette ligne d’horizon poursuivie par le mur de briques du premier plan. La géométrie du paysage ne semble pas du tout naturelle voire quasiment impossible. La juxtaposition parfaite des trois rectangles qui composent l’image – le ciel, la mer et le mur – efface complètement la perception de la profondeur du cadre.

Une autre caractéristique est l’emploi d’une pellicule très sensible qui apporte un grain particulier à la photo et contribue à brouiller la perspective. On a l’impression que ces trois rectangles ne sont qu’une sorte de variation des couleurs, plus ou moins intenses, des matières, plus ou moins denses et des formes, plus ou moins rectilignes. Je trouve la mer très impressionnante : ce grain et le noir et blanc figent les vagues dans une épaisseur ressemblant à de la peinture à l’huile étalée au couteau voire même à l’écorce d’un arbre. Le contraste avec le moucheté vaporeux du ciel et les interstices parallèles et perpendiculaires des briques est magnifique.

Il pourrait résulter de tout cela une impression d’abstraction, assez fréquente dans d’autres œuvres de l’artiste, mais bien sûr la présence du plongeur bouleverse l’ensemble. Le corps en mouvement et le détail du pied qui brise la ligne d’horizon rendent la photo réellement troublante. On pourrait presque croire à un montage tant le contraste entre le cadre et la figure est saisissant. Cela dit, je trouve qu’il y a une vraie atmosphère dans cette scène. Le mélange de la construction rudimentaire dans un environnement qui semble sauvage car complètement dénudé laisse la porte ouverte à l’imagination. Le spectateur a tout le loisir d’inventer la narration qui accompagnerait cet instant. Pour ma part, l’aspect brut du paysage associé à une certaine pesanteur me conduit en Méditerranée (oui je sais qu’il s’agit pourtant de l’Adriatique), dans ces coins reculés où les fondations d’un bâtiment délaissées ont chassé les touristes et où un homme apprécie, seul, une nature puissante et immuable sous une chaleur écrasante. Je crois que, malgré l’absence de ruines antiques et de végétation odorante, les Noces de Camus s’invitent dans ma rêverie… Il est temps de m’arrêter mais je vous guiderai peut-être bientôt sur ces sentiers-là.