Leur/leurs

Un petit article inspiré par un commentaire d’Akodostef, lecteur attentif et contributeur qui nous a offert (il y a un moment non ?) de chouettes billets musicaux postés ici et sur le blog mêmesprit.

  • « Leur » ne prend pas de « s » quand il s’agit d’un pronom personnel car il est sémantiquement déjà au pluriel, faisant référence à un groupe d’individus. ex : Si mes élèves sont gentils, je leur mets de bonnes notes ! (Vous pensiez que la notation était juste et raisonnée… désolée.)

Quand on se fiche royalement de l’explication grammaticale et qu’on veut juste pas faire de fautes pour avoir la paix, voici l’astuce : on transforme le passage au singulier. ex : Si mon élève est gentil, je lui mets une bonne note. (Il y a un « s » à lui ? Non ! Ben voilà.)

  •  « Leur » peut prendre une marque supplémentaire du pluriel quand il est déterminant (ou pronom) possessif car il combine deux idées :
    – la référence à un groupe d’individus. ex : C’est leur problème si mes élèves n’ont pas compris qu’il fallait me faire des cadeaux pour avoir de bonnes notes. (Ah oui, la corruption, ça marche aussi bien entendu).
    – l’évocation d’un ou plusieurs objets. ex : Les élèves ont participé à leur première sortie scolaire et ont bien pensé à apporter leurs bonbons pour le trajet! Une véritable autonomie quand il s’agit de manger.

A nouveau, pour ceux qui veulent seulement une antisèche : on met tout au singulier ici aussi. L’élève a participé à sa première sortie scolaire et a bien pensé à apporter ses bonbons. On regarde où il y a des « s » ou pas et on fait la même chose pour « leur ». Et bien sûr, on n’oublie pas les « s » des noms qui vont avec.

  • Le choix du pluriel peut parfois être problématique et plusieurs options sont valables selon la perspective adoptée :
    – j’évoque tous les objets, appartenant chacun à un des individus du groupe. ex : Mes élèves ont rédigé des rédactions : si mon chat pouvait décider de jouer avec leurs copies, je lui en serais reconnaissante. Les élèves ont certes rendu une seule copie chacun mais je considère l’ensemble de ces objets dans sa (trop grande) pluralité.
    – j’évoque distinctement chaque objet appartenant à un des individus du groupe. Après une telle catastrophe, j’expliquerais à mes élèves que leur rédaction était surtout une occasion de s’entrainer et qu’il ne faut pas se focaliser sur les notes. Pour une communication réussie, faire croire à chacun que l’on ne s’adresse qu’à lui, que l’on considère chaque copie comme unique, bien qu’elle ait fini dans le même état que toutes les autres…

Attention certains mots n’ayant de sens qu’au pluriel ou au singulier, il n’est plus possible de choisir. Tout n’est pas conflictuel à l’école : les élèves et les profs ont des points communs…leur plus grand bonheur, ce sont leurs vacances !

Et voilà, en une leçon de grammaire et un bon paquet de clichés sur la vie d’un collège, j’espère avoir préparé les lecteurs du blog à exprimer leur(s) opinion(s) par écrit, sans appréhension !

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Plein de mots composés au pluriel

Oui, cet article sera pénible et rébarbatif ! Mais il vous offrira encore une belle occasion de briller en société et de faire le malin ! Ah, c’est tentant, n’est-ce pas ? Oh ! Les mauvais qui lisent encore, tout ça pour crâner quand ils auront tout compris. Allez, je suis sympa, je vous explique quand même. Mais ne soyez pas des prétentieux rabat-joie après ça !

Les mots composés au pluriel, comment ça marche ? (Les pédants qui pensent que ça ne marche pas mais que ça fonctionne, dehors !)

1/ Les mots composés qui n’assument pas leur hétérogénéité originelle et se présentent soudés n’ont droit qu’à une seule marque du pluriel. A l’exception de quelques-uns… Mesdames, gentilshommes, n’oubliez pas de faire des photocopies de vos passeports avant de partir en voyage !

2/ Comme dans la vraie vie des mots simples où ils courent seuls et parfois nus en liberté, les mots attrapés pour en composer de nouveaux suivent les mêmes règles. De façon moins imagée, disons que les noms et adjectifs admettent un « s » ou « x » au pluriel tandis que les verbes, adverbes, prépositions n’en prennent pas. Des trouble-fêtes véhiculent d’insignifiants qu’en dira-t-on à propos de mes exemples.

3/ Pour pimenter un peu ces règles fades et sans originalité, l’usage introduit un semblant de logique.

  • Si l’un des éléments du mot composé n’exprime pas de pluralité, inutile de lui coller un « s » : On peut acheter plein de timbres-poste, il n’empêche que notre volumineux courrier sera traité par une seule et unique institution. Remplaçons cet exemple désuet par un autre. Il commence à faire froid, mettez donc vos robes de chambre! (Certes c’est un habit vieillot mais je connais des gens qui en portent encore…je ne dénoncerai personne.) Cet usage est également valable dans le cas où le second terme agit comme un complément. Vous pouvez goûter toutes les eaux-de-vie qu’il vous plaira, même à un stade d’alcoolémie aggravée, votre vie ne se dédoublera pas ! (Là encore, je ne dénoncerai personne)
  • Si au contraire, un des mots semble évoquer une réalité plurielle même au singulier, on lui accorde généreusement son pluriel : Heureusement qu’un seul sèche-cheveux est nécessaire pour coiffer l’intégralité de la chevelure ! Sans mauvais esprit pour les lecteurs qui comptent leurs cheveux. (Je vous épargne la même blague pour la troisième fois)

Mais, cerise sur le gâteau, personne ne s’accorde sur ces dernières règles, sinon tout à fait arbitraires, sans aucun doute parfaitement agaçantes ! Aux adeptes puristes du rigorisme linguistique : tenez-vous prêts à vous écharper pour résoudre ces casse-tête (selon Larousse), casse-têtes (selon le Robert) !