Litote VS Euphémisme, qui est le plus…faible ?

On m’a soufflé que la différence entre ces deux termes n’était pas évidente et qu’un petit article serait le bienvenu. Ça tombe bien, comme mes élèves sont toujours bloqués sur comparaison/métaphore (les meilleurs découvrent le concept de métaphore filée), ça me changera un peu ! Lire la suite

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Twitter version Maupassant

Aujourd’hui, je vous propose un mini extrait : 148 caractères de pure maitrise stylistique. Ce n’est pas tous les jours qu’on lit un tweet de cette ampleur ! Lire la suite

Antonomase

Je poursuis une idée lancée il y a quelques lundis : les figures de style. Celle d’aujourd’hui est plus connue que l’hyperbate (c’était rude pour commencer mais on a bien rigolé au final). Si le nom ne vous dit rien, vous reconnaitrez en revanche aisément son usage. Je devrais dire ses usages car une antonomase peut prendre plusieurs formes.

  • La désignation d’une personne par une périphrase (c’est-à-dire une expression descriptive, du grec « péri » signifiant autour et « phrasis » pour discours, prise de parole) à la place de son nom. ex : Le roi de la pop pour Mickael Jackson ou La dame de fer pour Margaret Thatcher. Aujourd’hui, j’ai décidé de proposer des exemples éclectiques, pour tous les goûts (ou dégoûts c’est selon). On ne parle d’antonomase que lorsque la périphrase permet, à une majeure partie des interlocuteurs, de reconnaitre immédiatement l’individu.
  • La deuxième forme est de loin la plus intéressante. Il s’agit plus ou moins de l’inverse : la désignation de quelqu’un ou quelque chose par un nom propre. Cette figure permet généralement d’attribuer immédiatement des caractéristiques à l’individu décrit. ex : un Picasso pour un peintre talentueux un Zlatan pour… à vrai dire, je n’ai toujours pas compris pour quoi justement. Si quelqu’un a la gentillesse de m’expliquer, mes élèves en sont incapables. L’usage peut devenir si courant que le nom propre est lexicalisé, c’est-à-dire qu’il est admis dans les dictionnaires comme nom commun. C’est le cas de « don juan » pour parler d’un séducteur sans scrupule ou d’un « bordeaux » pour le vin provenant de la région. Le processus fonctionne parfois si bien que certains mots sont des antonomases oubliées. ex : un marathon, épreuve inspirée de la course d’un messager grec venu annoncer à Athènes la victoire d’une bataille à Marathon (pour le reste de l’histoire et les autres versions, l’article de Wikipédia est très bien). Moins connue peut-être, l’origine de poubelle qui doit son nom à Monsieur Poubelle, préfet parisien qui a imposé l’usage d’un récipient pour se débarrasser de ses ordures. Pour éviter tout débat, je précise que le féminin semble venir d’une première forme de l’expression : « boite poubelle ».

 C’est tout pour antonomase mais ça me donne envie de rédiger un article sur les différentes façons dont les mots sont construits. Et il y en a ! Une nouvelle série peut-être…

Synesthésie

Donnons-nous un air sérieux grâce à un mot scientifique issu du lexique médical et parlons pathologie neurologique ! Ça fait peur n’est-ce pas ? Mais c’est à vrai dire charmant. Le terme synesthésie est composé du préfixe grec « syn-» qui signifie « ensemble, avec » (un peu comme le « co-» latin) et de la racine « aesthesis » pour « sensation ». Il s’agit donc d’un trouble des sensations qui consiste à associer des perceptions sensorielles à des stimuli qui ne les produisent a priori pas. Si vous associez des couleurs aux lettres de l’alphabet ou aux jours de la semaine, voyez mentalement les chiffres ou années en demi-cercle, percevez un goût particulier en écoutant des sons et syllabes, cela vous concerne peut-être… Attention, je ne parle pas des représentations mentales que l’on a gardées en mémoire depuis la petite section de maternelle et sa salle de classe décorée de frises chronologiques colorées et d’affiches avec des lettres en forme de bonshommes ! C’est seulement si les associations sensorielles incongrues sont systématiques et non contextuelles que vous avez une maladie neurologique. Mais ne vous soignez pas, c’est tellement poétique !

En effet, cette particularité serait liée à une créativité décuplée et ce trouble concerne de nombreux artistes, voire en expliquerait les innovations artistiques. Kandinsky qui a tenté de transcrire la musicalité des couleurs, Ellington pour qui inversement les sons et timbres évoquaient une couleur, peuvent dire merci à leur cerveau défectueux. Mais il y a aussi de faux malades parmi les poètes qui savent s’affranchir à loisir des frontières des perceptions ordinaires. Baudelaire nous explique ces Correspondances ou navigue en pleine sensualité d’un Parfum exotique tandis que Rimbaud joue l’écolier rêveur en décrivant les Voyelles. La synesthésie peut également n’être qu’une façon de décrire le monde en usant du langage de manière inhabituelle et devient en cela une figure de style…plutôt répandue. Quel magazine de mode ou déco n’a pas déjà mis en garde contre les couleurs criardes ou prétendu que le vert tendre était hyper tendance ! Ah, si c’était la seule maladie qu’avait contractée la presse…