Turlupiner

J’ai utilisé spontanément ce verbe dans un autre article de vocabulaire et je l’ai trouvé si bizarre que j’ai changé de cap d’investigation ! Un rapide coup d’œil au Larousse a confirmé mon intérêt pour ce mot présenté comme une antonomase venant de Turlupin.

Il s’agit d’un nom de scène adopté par un comédien du début du XVIIème siècle : Henri Legrand, que voici…

turlupin A trois, avec les artistes connus sous les pseudonymes de Gros-Guillaume et Gautier-Gargille, ils enchantaient les Parisiens en interprétant, en pleine rue, des rôles farcesques. Molière enfant a très probablement été un de leurs spectateurs émerveillés (et inspirés), habitué au théâtre de rue par son grand-père Louis Cressé. Le registre de jeu, plein de verve et de moquerie, a laissé le nom commun « turlupinade », désignant une plaisanterie de mauvais goût. Par extension le verbe a été employé pour l’action de se moquer de quelqu’un, avant que son sens ne s’affaiblisse pour exprimer « causer du tourment, de l’inquiétude ».

Mais comme le langage est merveilleux, « turlupiner » vous offre deux histoires pour le prix d’une ! En effet, des emplois plus anciens sont attestés et cette première (ou pas qui sait…) acception est un bijou d’étrangeté. Il semblerait que les Turlupins aient été les membres d’une secte du XIVème siècle qui revendiquait un état de dénuement matériel et intellectuel ainsi qu’une libre jouissance des sens. Parfois assimilé à La Société des pauvres, le groupe ou plutôt ses préceptes auraient un but mystique. Mais certains les considèrent plutôt comme de nouveaux cyniques : c’est le cas de Rabelais qui les mentionne comme tels dans Gargantua et c’est la définition qu’en donne D’Alembert dans l’Encyclopédie (qui est en ligne je n’en reviens pas, c’est trop le bonheur !). Il évoque par ailleurs une probable origine du nom, liée au lieu d’habitation des membres de la secte : les forêts où vivent également les loups, lupus en latin.

Autant de belles histoires m’ont complètement fait oublier ce qui me turlupinait… du tourment, je passe à l’enchantement. J’espère que c’est pareil pour vous !

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